Tunisie : Passer du « pacte sécuritaire économique et politique » à la « démocratie sociale et entrepreneuriale »


Je viens d’achever une série d’entretiens avec mes collaborateurs ici à Tunis et ils m’ont offert une vraie leçon de sang-froid et de distanciation alors que tout s’est accéléré dans leur vie il y a moins d’une semaine, que les chars de l’armée stationnent encore aux carrefours, que des tirs résonnent encore la nuit dans certains quartiers et que, chaque jour, sont encore enterrés des blessés qui n’ont pas survécu à leurs blessures.

Mes notes sont aussi libres que leurs propos.

Char de l'armée à Tunis

Char de l'armée à Tunis

D’abord, et avant tout, la question de la sécurité individuelle de chacun. Le sniper posté sur les toits revient régulièrement dans la conversation. Y en a-t-il réellement encore ? Personne ne le sait vraiment mais une chose est claire: il reste au travers du pays des « miliciens » dont la rage de la défaite s’exprime dans une course contre la mort.

Le bruit des tirs revient souvent dans la conservation. Ces tirs qui ont tenus les familles pendant plusieurs nuits debout dans les couloirs des immeubles à rechercher la protection des murs alors que les balles sifflaient dans les rues. Une jeune maman me racontait hier après-midi que sa petite fille avait choisi ces moments-là pour dire sa première phrase intelligible… «maman j’ai peur»…

Et puis, très vite, la pudeur Tunisienne reprend le dessus et l’émotion fait place au sens de l’analyse, du débat et de l’anticipation. Les questions fusent: que pensent les investisseurs français ? Les Touristes seront-ils là au printemps ? Notre métier sera-t-til apprécié par les nouvelles autorités ?

La presse internationale pour la premiere fois en accés libre

La presse internationale pour la premiere fois en accés libre

La dialogue reste calme, attentif, brillant dans l’analyse fine de la solidarité sociale révélée par les événements : resserrement des liens familiaux, rapprochement entre les générations avec une vraie admiration des plus âgés pour la façon dont les jeunes des quartiers ont fait face avec courage aux miliciens et les ont protégés.

La liberté de ton est réelle, les plus jeunes disent d’ailleurs se laisser tellement aller à parler librement dans les lieux publics qu’il leur arrive de s’arrêter net pour regarder par-dessus leur épaule si quelqu’un les écoute…

Comme si tout cela pouvait être un rêve dont on peut se réveiller en sursaut.

Mais non ce n’est pas un rêve, dés l’aéroport le contraste est patent, les seuls uniformes sont ceux des douaniers, ceux des policiers ont disparus et pour la première fois depuis bien longtemps j’ai même eu droit à un bonjour aimable de la jeune femme chargée de vérifier mon passeport. Dans la rue les chars ont pris la couleur verte de l’espoir, les voitures s’arrêtent pour prendre les militaires en stop ou les saluer joyeusement.

Dernier pilier de l’Etat à ne pas avoir vacillé, c’est l’Armée qui semble veiller à ce que le « pacte sécuritaire économique et politique » de l’ère Ben Ali se transforme sereinement en la « démocratie sociale et entrepreneuriale » que mérite cette magnifique Nation.

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